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ASSOCIATI0N MAROCAINE DES PROFESSIONNELS ET
DES SCIENTIFIQUES DE QUÉBEC

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Le Maroc pleure Driss Chraïbi
Adieu l’ami, on t’aimait bien…

Le grand romancier marocain Driss Chraïbi est décédé. L’iconoclaste auteur à l’itinéraire littéraire exceptionnel est parti dans un souffle à quatre vingt ans. L’ingénieur chimiste de formation, aura eu un destin unique dans les belles lettres et montré la voie à bien d’autres écrivains. Issu de la bourgeoisie fassie, il avait fait le lycée Lyautey aux côtés d’une poignée de condisciples marocains. Tout le prédestinait à un brillant avenir dans les rouages du Makhzen ou dans la sphère privée. Il choisit d’immigrer, de vivre de cent et un métiers avant de se plonger en lui-même et de s’insurger contre les archaïsmes de sa société d’origine (Le passé simple) et contre le sort misérable réservé aux ouvriers immigrés en France (Les boucs).

Il animera des émissions culturelles en France à la radio, donnera le cours sur la littérature maghrébine à l’Université Laval, ici à Québec, tout en diversifiant ses productions littéraires : autobiographies, polars, roman historique…
Auteur de talent, il a su garder intact son rapport à la modernité tout en restant authentique. Si les thèmes qu’il a abordés dans les années 50 furent repris quelques décennies plus tard par la nouvelle génération des littérateurs marocains de langue française, son livre qui romance l’histoire du prophète Sidna Mohamed : ‘L’homme du livre’ restera pour moi une œuvre magistrale. Dans ce roman, l’écriture subtile, profonde et raffinée vous atteint aux tripes et vous conduit dans une succession de frémissements et de tressaillements à des sommets de ravissement dans la promiscuité du ciel. Du nectar. Sans doute, ce rapport au sacré fécondé par Chraïbi marque une inflexion nouvelle dans le champ littéraire marocain encore peu sensible à ce genre de bourdonnement esthétique.

Driss Chraïbi, l’exilé volontaire de toujours, a tenu à être inhumé au Maroc. Un retour aux sources pour l’éternité. On ne pouvait s’attendre à moins de la part de celui qui écrivît dans l’un de ses romans célébrant l’attachement viscéral du marocain au pays : «Vous voyez, un Marocain peut tout faire, partout ! Je peux vous envoyer aux quatre coins de la planète, vous restez vous-mêmes !».

Lotfi M’rini